Trente-six années se sont écoulées depuis que le chanteur congolais et fondateur du groupe musicale Tp ok Jazz, Lokanga Lwa Djo Pene Luambo, alias Franco Luambo Makiadi, affectueusement appelé Grand Maître, a quitté la terre des hommes. Pourtant, sa voix et ses mélodies continuent de résonner dans la mémoire collective.
Ses chansons, mêlant amour, infidélité, concubinage ou encore trahison amicale, traduisent avec justesse les réalités sociales et les passions humaines de son époque. Chaque femme, dit-on, pouvait se reconnaître dans l’un de ses morceaux, tant son art capturait la vie dans toutes ses nuances — de Mamou à Mario, en passant par Masou, Flora, Liberté ou encore 12 600 lettres.

Marie Ngabwele, l’une de ses admiratrices, s’en souvient encore avec émotion :
« La musique de Franco agrémentait nos retrouvailles entre femmes, pendant nos moziki. Chacune venait raconter ses réalités conjugales. On se consolait à travers ses chansons, autour d’un verre, oubliant les soucis de la vie. Parfois même, on s’en servait pour régler nos comptes entre amies… ou avec nos maris », confie-t-elle avec un sourire nostalgique.
Décédé il y a plus de trois décennies, le sorcier de la guitare continue de séduire la jeune génération, captivée par la profondeur de ses textes et la richesse de ses mélodies.

Annie, 23 ans, fait partie de cette jeunesse qui découvre Franco à travers les récits de ses aînés :
« Depuis mon enfance, la musique de Luambo a bercé mes oreilles. Grâce à ma grand-mère, j’ai appris à aimer ses chansons. À la maison, sur la terrasse, ses succès jouaient sans cesse. Il parlait des réalités que vivent encore les femmes aujourd’hui : le célibat, les tensions avec la belle-famille, le concubinage qu’on appelle désormais le phénomène Tshiza. Je pense que nous, les jeunes, devons écouter ces anciens succès pour en tirer des leçons. »
Né le 6 juillet 1938 à Nsona Bata et décédé le 12 octobre 1989 à Mont Godinne en Belgique, Franco Luambo Makiadi reste l’un des plus grands maîtres de la rumba congolaise.
Plus qu’un artiste, il demeure un témoin intemporel de la société congolaise, dont la musique continue de transcender les générations, de rapprocher les classes sociales et d’unir hommes et femmes aujourd’hui.
Gloria Kisenda



