La récente décision du ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté de permettre aux élèves enceintes de poursuivre leur scolarité continue de susciter des débats nourris au sein de l’opinion publique congolaise. Si cette mesure, actée le 14 juillet 2025 par la circulaire n° MINEDU-NC/SG/80/DEVC/90/1245/2025, s’inscrit dans une logique de promotion des droits de l’enfant et de lutte contre la discrimination en milieu scolaire, elle ne fait toutefois pas l’unanimité.

Dans une déclaration rendue publique le mardi 15 juillet, le Foyer de Développement et d’Auto-promotion des Pygmées et Indigènes Défavorisés (FDAPID) appelle le gouvernement à faire preuve de prudence et à procéder à une évaluation rigoureuse des implications de cette mesure sur les plans social, éducatif et psychologique.
Une décision conforme à la Constitution, mais aux effets potentiellement ambivalents
Conformément à l’article 43 de la Constitution du 18 février 2006, modifiée en 2011, toute personne a droit à l’éducation. En ce sens, le maintien des filles enceintes en classe constitue, selon plusieurs analystes, une avancée significative pour l’accès universel à l’éducation. Toutefois, le FDAPID redoute que cette avancée, en l’absence de garde-fous appropriés, ne se transforme en source de dérives.
« Cette mesure pourrait certes contribuer à réduire les inégalités et les discriminations subies par les jeunes filles enceintes. Toutefois, en l’absence d’un cadre d’accompagnement structuré et de mécanismes de protection renforcés, elle risque de favoriser la banalisation des grossesses précoces en milieu scolaire « , avertit l’organisation.
Des risques de dérives sociétales et familiales
Dans sa note adressée aux autorités et à leurs partenaires techniques, le FDAPID pointe les risques d’une hausse des grossesses non désirées, d’un affaiblissement des normes éducatives et sociales, voire d’une légitimation implicite de comportements déviants chez les jeunes.
« Nos larmes de tristesse coulent après avoir identifié les dégâts collatéraux camouflés par cette décision prise sans une analyse critique et objective préalable « , peut-on lire dans le communiqué.
L’organisation insiste également sur les répercussions psychologiques et sociales possibles pour les familles, notamment l’exposition accrue à des tensions, voire à des maladies induites par le stress parental face à un cadre normatif perçu comme permissif.
Des recommandations pour une mise en œuvre encadrée
En réponse à ces préoccupations, le FDAPID formule une série de recommandations destinées à assurer une mise en œuvre encadrée et réfléchie de la mesure gouvernementale :
1.La suspension provisoire de la mise en application de la circulaire ministérielle ;
2.La réalisation d’une étude interdisciplinaire pour identifier les causes structurelles des grossesses en milieu scolaire ;
3.Le renforcement des sanctions à l’encontre des auteurs d’actes portant atteinte à l’intégrité des élèves mineures, dans une logique de justice réparatrice ;
4.L’adaptation des règlements scolaires pour inclure des mesures de protection spécifiques à l’égard des jeunes filles vulnérables ;
5.Le développement de programmes d’éducation civique et morale, en vue de consolider une citoyenneté responsable et éthique.
6.Un plaidoyer pour une éducation inclusive et protectrice
Le FDAPID conclut sa déclaration en réaffirmant son attachement aux principes de « Ne laisser personne de côté » et de « Genre et inclusion », qui guident son engagement en faveur d’une éducation équitable, protectrice et inclusive en République démocratique du Congo.
Mérite BAHOGWERHE JEAN-PAUL



