La République démocratique du Congo est confrontée à l’une des plus graves crises sécuritaires de son histoire contemporaine. Alors que l’AFC-M23 contrôle aujourd’hui d’importants territoires dans la province du Nord-Kivu, notamment Bunagana, Goma et Bukavu, la réaction du pouvoir central se distingue par une posture à la fois tardive et peu cohérente, révélant les limites d’une gouvernance réactive, sinon improvisée.
Depuis la chute de Bunagana en 2022, de nombreux signaux d’alerte invitaient à une approche plus lucide et stratégique. Pourtant, le gouvernement a préféré s’enfermer dans une rhétorique martiale, multipliant les déclarations belliqueuses, les dénonciations diplomatiques, et les slogans patriotiques déconnectés des réalités du terrain. Au lieu d’engager un dialogue politique en amont, Kinshasa a choisi d’ignorer les indicateurs critiques, jusqu’à se retrouver face à une humiliation sécuritaire.
Pourquoi avoir attendu que Goma et Bukavu tombent pour envisager l’option du dialogue ? Pourquoi avoir laissé s’amplifier une crise dont l’issue tragique était prévisible, au prix de nombreuses pertes humaines et de destructions massives d’infrastructures civiles ? Ces interrogations mettent en lumière un choix politique déterminant : celui de privilégier la communication institutionnelle au détriment de la gestion responsable et préventive de la crise.
L’accord signé à Doha en juillet 2025 illustre cette contradiction. Négocié dans l’urgence, ce compromis est moins le résultat d’une stratégie mûrement pensée que l’aveu d’une impasse politique et militaire. Il marque un net recul par rapport à la ligne officielle du gouvernement, qui refusait toute négociation avec les groupes armés qualifiés de « terroristes ». Pourtant, dans les faits, l’AFC-M23 s’est imposée comme un acteur structuré, discipliné, et soutenu, tandis que l’armée nationale peinait à coordonner ses efforts, manquait de logistique et d’efficacité, et souffrait d’un déficit de moral.

Ce que les autorités présentent aujourd’hui comme une victoire diplomatique apparaît en réalité comme un repli tactique forcé. Cette crise révèle l’épuisement d’une gouvernance qui ne parvient plus à anticiper, à écouter ni à adapter son action aux dynamiques d’un conflit complexe et évolutif.
Toute gestion de crise exige non seulement des capacités d’analyse et de réaction, mais surtout une volonté politique d’anticipation et de dialogue. À défaut, ce sont les forces adverses qui dictent le rythme, fixent les termes, et orientent l’issue. C’est, hélas, ce qui s’est produit.Cette séquence devrait être une source d’apprentissage collectif. À moins que le pouvoir n’ait, déjà, perdu le réflexe d’apprendre.
Mérite BAHOGWERHE JEAN-PAUL



