Une note circulaire émanant de la Direction Générale de Migration (DGM), datée du 6 juin 2025, suscite de profondes préoccupations quant à la cohérence des politiques nationales en période de crise. Ce document interdit désormais l’embarquement vers la République Démocratique du Congo (RDC) à toute personne ne disposant pas de documents émis par les autorités dites compétentes de Kinshasa. Si cette mesure semble, de prime abord, répondre à un souci de régulation, elle révèle en réalité une discrimination manifeste à l’encontre des Congolais résidant dans les territoires sous contrôle du mouvement armé AFC-M23.

Une telle décision, lourde de conséquences humaines et symboliques, affecte des citoyens déjà confrontés à l’insécurité, à l’isolement et à la précarité. Après la fermeture brutale des institutions bancaires dans les zones occupées, cette nouvelle restriction vient renforcer une politique d’exclusion qui frappe ceux-là mêmes qui ont le plus besoin de la solidarité nationale. Empêcher un citoyen congolais de voyager, d’étudier ou d’accéder aux soins de santé, sous prétexte qu’il vit dans une zone « libérée » ou « occupée », revient à instituer une citoyenneté à deux vitesses, en contradiction flagrante avec les principes constitutionnels.
Alors que les autorités de Kinshasa dénoncent à juste titre les tentatives de balkanisation de la RDC, une question fondamentale s’impose : qui, en réalité, contribue à diviser la nation ? Est-ce l’ennemi extérieur, ou ces dispositifs internes qui créent une fracture entre les Congolais selon leur zone de résidence ?
La souveraineté nationale ne saurait se défendre au détriment des droits des citoyens. Il est impératif que les institutions de la République, dans leur mission régalienne, veillent à garantir l’égalité d’accès aux services de l’État, quel que soit le contexte sécuritaire. Punir des populations déjà meurtries par la guerre revient à abandonner une partie du peuple congolais, voire à en nier l’appartenance.
La défense de l’intégrité territoriale ne peut s’envisager sans la restauration d’un lien de confiance avec les citoyens de toutes les provinces, y compris celles momentanément hors du contrôle de l’administration centrale. Il y va de la cohésion nationale, de la justice sociale et, ultimement, de la paix.
Signalons qu’aucune considération administrative ou politique ne saurait légitimer l’exclusion de Congolais de leur propre pays. La RDC ne pourra se reconstruire durablement que si elle reconnaît pleinement chacun de ses enfants, indépendamment de la zone qu’il ou elle habite.
Mérite BAHOGWERHE JEAN-PAUL


