Les autorités politico-militaires du Nord-Kivu ont procédé, le mardi 11 novembre 2025, au lancement d’une vaste opération de collecte volontaire d’armes à feu et de munitions détenues illégalement par les civils dans la ville de Beni. Cette initiative vise à réduire la prolifération des armes légères et à consolider la sécurité dans une région confrontée depuis plusieurs années à une insécurité persistante.

Placée sous la coordination du gouverneur militaire de la province, le général-major Évariste Somo Kakule, cette campagne est menée en collaboration avec les forces de défense et de sécurité. Elle prévoit une compensation financière pour encourager la remise volontaire des armes : 100 dollars américains pour une arme de type AK-47, 200 dollars pour une arme d’appui, et 1 dollar par munition, selon les barèmes communiqués par les autorités.
Cette opération s’inscrit dans le cadre des efforts du gouvernement provincial visant à stabiliser le territoire de Beni, régulièrement frappé par des attaques armées, des braquages et des violences communautaires. Les responsables provinciaux appellent la population à coopérer pleinement et à saisir cette opportunité pour contribuer au retour durable de la paix.
« Nous voulons une ville sans armes, où les habitants vivent dans la confiance et la sécurité « , a déclaré un responsable militaire lors du lancement officiel de l’opération.
Cependant, si la démarche suscite un certain espoir, elle ne fait pas l’unanimité au sein de la société civile. Plusieurs acteurs locaux expriment des réserves quant au principe même du paiement pour le rachat d’armes, estimant qu’une telle mesure pourrait engendrer des effets contraires à ceux recherchés.
Selon eux, le dispositif baptisé une arme contre 100 dollars risquerait d’alimenter un marché parallèle de l’armement, en incitant certains détenteurs illégaux à conserver ou même à acquérir de nouvelles armes dans la perspective d’une future compensation. D’autres craignent que cette approche ne fragilise davantage la confiance entre la population et les forces armées.
Des sources locales évoquent par ailleurs la possible implication de certains militaires dans la circulation d’armes au profit des civils, ce qui compromettrait les efforts de désarmement engagés.
Face à ces inquiétudes, la société civile appelle le gouverneur militaire à revoir les modalités de l’opération et à privilégier une approche fondée sur la discipline et la transparence. Parmi les recommandations formulées figurent la suspension du paiement pour la collecte d’armes, la mise en place d’un contrôle rigoureux des stocks d’armes au sein de l’armée, ainsi que la protection des civils qui dénoncent les détenteurs illégaux.
Signalons que, pour ces organisations, la sécurité du Nord-Kivu ne saurait se construire sur la récompense du désordre, mais sur la responsabilité collective et la rigueur institutionnelle.
Mérite BAHOGWERHE JEAN PAUL


