Dans un contexte marqué par la montée des violences en ligne et des discours haineux visant les femmes, une trentaine de participantes de la ville de Kinshasa ont pris part, du 3 au 5 décembre, à un atelier de formation consacré au féminisme et à la protection numérique. L’activité, organisée par la structure Biso Basi Telema dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, visait à renforcer les capacités des femmes face aux risques croissants dans les espaces numériques.
Pendant trois jours, les participantes ont bénéficié d’un espace de sensibilisation et d’échanges sur les enjeux du féminisme contemporain, tout en se familiarisant avec des outils leur permettant d’adopter une posture plus vigilante et de mieux se protéger contre les prédateurs numériques.
Selon des spécialistes du numérique, 41 % des femmes âgées de 15 à 29 ans affirment s’autocensurer sur les plateformes en ligne, par crainte d’être victimes de harcèlement ou de cyberviolence. Un phénomène qui limite fortement leur liberté d’expression et leur participation citoyenne.

Au cours des sessions, plusieurs thèmes essentiels ont été abordés, notamment le féminisme, la cyberviolence, le harcèlement en ligne, les discours de haine, ainsi que l’utilisation de l’intelligence artificielle pour détecter ou contrer les deepfakes. Sept intervenants experts, activistes et responsables de structures engagées ont partagé leurs analyses et leurs outils de lutte.
Pour Christian Moleka, coordinateur de Politiscop, les violences numériques ont pour objectif premier de réduire les femmes au silence.
« Lorsqu’on vous harcèle sur les réseaux sociaux, c’est parce que l’on veut étouffer une voix qui dérange. Et lorsque vous choisissez de vous taire, vous leur donnez raison. »a-t-il indiqué
Il a par ailleurs exhorté les participantes à faire preuve de prudence.
« Il faut savoir avec qui vous parlez. Tout le monde n’est pas votre ami. Soyez vigilantes lorsque vous partagez vos informations personnelles. »a-t-il ajouté
De son côté, Elsie Lotendo, coordonnatrice de Biso Basi Telema, a souligné que les violences numériques ne sont que le prolongement des discriminations vécues hors ligne.
« Les injustices et violences que les femmes subissent dans la société se reproduisent dans l’espace numérique. C’est pourquoi, en tant que féministes, nous devons mener ce combat également en ligne afin d’en faire un espace sûr et équitable. » a-t-elle fait savoir
Pour plusieurs participantes, la formation a représenté un moment d’apprentissage déterminant.
Haradi Moza témoigne.
« C’était un grand plaisir pour moi de participer à cette formation.J’ignorais beaucoup de notions liées au numérique et au féminisme. Plus nous sommes informées, moins nous serons vulnérables, dans la société comme dans l’espace numérique. »
Au-delà des aspects théoriques, l’atelier a également servi de cadre à une dynamique de sororité, permettant aux femmes de partager leurs expériences, d’échanger sur les défis qu’elles rencontrent au quotidien et de renforcer leurs liens communautaires.
Signalons que ,cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet “Féminisme, Droits-Africains et Représentation”, porté par le Goethe-Institut avec l’appui du ministère fédéral allemand. Dans les prochains jours, une série de campagnes de sensibilisation aux droits des femmes est annoncée.
Glory Kisenda



