À l’occasion de la journée de Genocost, commémorée le samedi 2 août à Kinshasa, l’opposant politique Alain Bolondjo Ibola a vivement critiqué ce qu’il considère comme une récupération politique de cette initiative citoyenne. Prenant la parole devant des membres de la société civile réunis pour l’événement, il a plaidé pour une mémoire nationale inclusive et la mise en œuvre d’une justice réelle en faveur des victimes des génocides commis en République démocratique du Congo à des fins économiques.
Organisée par la Congolese Action Youth Platform (CAYP) en collaboration avec plusieurs mouvements citoyens, la journée de Genocost vise à honorer les souffrances du peuple congolais. Mais pour Alain Bolondjwa, également fondateur du parti Levons-nous et Bâtissons (LeBat), l’esprit initial de la commémoration est menacé par des dérives politiciennes.
« Aujourd’hui, certains de nos dirigeants tentent de dénaturer votre combat. Le Genocost est devenu pour eux une opportunité politique, un tremplin pour des intérêts égoïstes. Ils organisent des cérémonies, mais oublient l’essentiel : l’existence même de votre lutte « , a-t-il déclaré, saluant au passage l’engagement des acteurs de la société civile dans l’essor de cette cause.

Un appel à une mémoire historique complète
Dans son intervention, Bolondjwa a insisté sur la nécessité de ne pas restreindre la mémoire collective aux seules guerres contemporaines. Il a notamment évoqué un rapport datant de 1904 qui faisait déjà état d’un génocide sous l’administration coloniale belge, ayant décimé près de la moitié de la population congolaise.
Selon lui, les épisodes tragiques de l’histoire du pays des massacres coloniaux aux conflits armés de 1996 à 2003, en passant par les tueries de 1993 doivent être reconnus dans leur globalité pour construire une mémoire nationale fidèle.
Il a par ailleurs critiqué certaines initiatives institutionnelles qui, selon lui, occultent les revendications profondes de la société civile en se focalisant uniquement sur les violences sexuelles, sans désigner clairement les crimes de génocide.
Le président Tshisekedi interpellé
Alain Bolondjwa a également interpellé le chef de l’État, Félix Tshisekedi, l’appelant à dépasser les discours symboliques pour poser des actes concrets. Il a notamment évoqué le Rapport Mapping, publié en 2010 par les Nations unies, qui recense 617 violations graves des droits humains commises en RDC entre 1993 et 2003.
« Pendant les massacres de 1993 à 2003, il n’était pas aux affaires. Mais aujourd’hui, il est président. Pourquoi ne soutient-il pas le Rapport Mapping ? Ce document est un outil fondamental pour que justice soit rendue « , a-t-il lancé.
Une mobilisation née de la jeunesse congolaise
Lancée en 2013 à Londres par de jeunes Congolais regroupés au sein du CAYP, l’initiative Genocost milite pour la reconnaissance internationale des génocides en RDC et l’officialisation du 2 août comme journée de mémoire. Ce n’est qu’en 2022, sur fond de tensions avec le Rwanda et de résurgence du M23, que les autorités congolaises ont commencé à s’emparer du sujet.
Mais pour Alain Bolondjwa, cette reconnaissance institutionnelle reste insuffisante si elle n’est pas suivie d’actes concrets
Sakola



