Trois mois après la déclaration de l’épidémie de maladie à virus Ebola, la République Démocratique du Congo fait face à un bilan lourd, avec plus de 5 000 cas confirmés et environ 2 300 décès, soit une létalité proche de 47 %. Face à cette situation, le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, a défendu une riposte rapide, tout en appelant à relativiser l’étendue géographique de l’épidémie et à renforcer la détection précoce des malades.
S’exprimant mardi lors d’un briefing presse animé par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, consacré au bilan de trois mois de riposte et aux préparatifs d’une rentrée scolaire sécurisée dans les provinces affectées, Samuel Roger Kamba a insisté sur une particularité de cette épidémie : le virus se propage rapidement malgré une réponse sanitaire déployée à grande échelle.

« Nous sommes partis de zéro laboratoire à plus ou moins 20 laboratoires en deux mois. Nous sommes partis de zéro lit à plus ou moins 1 600 lits », a déclaré le ministre.
Pour lui, ces chiffres témoignent de la célérité de la riposte, mais aussi de la capacité du virus à circuler discrètement au sein des communautés.
Un virus difficile à détecter
Le ministre a expliqué que le comportement clinique du virus actuellement en circulation diffère de celui du virus Ebola Zaïre, historiquement associé à des manifestations hémorragiques spectaculaires.
Les premiers symptômes — maux de tête, fièvre, douleurs abdominales, puis diarrhées et malaises — peuvent être confondus avec ceux de nombreuses autres maladies. Les manifestations hémorragiques, elles, restent minoritaires.
Cette présentation clinique contribue, selon le ministre, à retarder le recours aux structures de santé.
« Ce qui fait que la contamination est plus importante, c’est que le virus ne fait pas très peur aux populations dans les premiers jours. »
Un retard qui peut s’avérer fatal. De nombreux décès surviennent encore dans les communautés, avant l’arrivée des malades dans les centres de traitement.
« C’est le fait que les malades traînent dans la communauté qui entraîne la mortalité », a insisté Samuel Roger Kamba.
Le gouvernement mise ainsi sur la sensibilisation pour convaincre les populations de consulter rapidement dès l’apparition des premiers symptômes suspects.

Sur le plan géographique, l’Ituri demeure de très loin l’épicentre de l’épidémie. Selon le ministre, 85 à 90 % des cas y sont toujours concentrés, principalement dans cinq à six zones de santé.
Le Nord-Kivu arrive en deuxième position. Des cas ont également été confirmés dans la Tshopo, le Haut-Uélé et le Bas-Uélé, mais plusieurs de ces contaminations seraient liées à des déplacements de personnes depuis l’Ituri.
La Tshopo constitue particulièrement un signal d’alerte pour les autorités sanitaires. Le ministre a toutefois assuré que les mesures prises ont permis d’éviter, à ce stade, une propagation importante.
« Tous les contacts à haut risque de la Tshopo que nous avons traités, aucun n’a développé la maladie. »
Samuel Roger Kamba a également voulu corriger ce qu’il considère comme une perception excessive de l’ampleur géographique de l’épidémie.
Sur quelque 140 zones de santé réparties dans les cinq provinces affectées, 55 sont considérées comme touchées. Mais à l’échelle des aires de santé, qui couvrent chacune environ 10 000 habitants, seulement 8 % seraient affectées.
Le ministre revendique une politique de transparence qui consiste à considérer qu’un seul cas suffit pour déclarer une zone épidémique.
« Ils ont le droit d’avoir peur, mais ils ont le droit de savoir. »

Il appelle ainsi à distinguer l’ampleur réelle de la circulation du virus de l’impression créée par la publication des chiffres et la cartographie de l’épidémie.
Sur le front thérapeutique, le ministre a fait état d’environ 1 600 guéris, tout en annonçant des résultats encourageants obtenus grâce à l’utilisation compassionnelle de certains antiviraux.
À Kisangani, notamment, des patients ont été traités avec du remdésivir. Ces résultats ont poussé les autorités sanitaires à poursuivre les traitements compassionnels dans d’autres zones affectées, parallèlement aux essais cliniques destinés à établir scientifiquement l’efficacité des médicaments.
Deux approches sont actuellement étudiées : l’utilisation de différents traitements antiviraux et leur combinaison. Les premiers résultats des essais sont attendus dans les prochaines semaines.
« Nous sommes partis avec l’assertion qu’il n’y a pas de vaccin, qu’il n’y a pas de traitement. Mais nous nous rendons compte que ce virus nécessite des mesures supplémentaires, des mesures médicales », a reconnu le ministre.
Le vaccin en recours
L’autre front majeur concerne la vaccination. Les autorités examinent notamment la possibilité que le vaccin utilisé contre Ebola Zaïre puisse offrir une protection contre le virus actuellement responsable de l’épidémie.
Selon Samuel Roger Kamba, plusieurs observations vont dans ce sens. Des personnes précédemment vaccinées contre Ebola Zaïre et exposées au virus actuel auraient présenté soit aucune maladie, soit des formes moins sévères. Des observations expérimentales sur des animaux ainsi que des analyses immunologiques ont également fourni des signaux jugés encourageants.
Le ministre reste toutefois prudent : ces observations ne constituent pas encore une preuve définitive d’efficacité.
« Ça, c’est un constat, ce n’est pas encore une affirmation. »
Les autorités ont néanmoins décidé d’élargir les recherches et de préparer une vaccination ciblée, notamment parmi les personnels de santé.

70 000 doses sont annoncées disponibles, tandis que 2 000 doses sanitaires seraient déjà prêtes pour permettre le démarrage de la vaccination du personnel de santé, selon le ministre.
L’implication de la communauté reste capitale dans la riposte
Au-delà des médicaments et des vaccins, Samuel Roger Kamba considère que la bataille demeure avant tout communautaire. L’enjeu est de réduire le temps entre l’apparition des symptômes et la prise en charge médicale.
La stratégie repose donc sur la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts, la sensibilisation, l’accès rapide aux soins et la protection des personnels de santé.
Après trois mois, le gouvernement veut ainsi éviter deux écueils : sous-estimer une épidémie qui continue de tuer et, à l’inverse, donner l’impression d’un virus incontrôlable qui aurait gagné tout le pays.
Le ministre résume cette ligne de conduite en quelques mots : « Nous devons être très, très rigoureux avec la lutte, la réponse, et nous devons relativiser les chiffres et la géographie. »



