La Communication du président national, Professeur Raphaël Nyabirungu, de l’association culturelle IGISENGE sur la polémique de langues parlées par les différentes communautés en république Democratique du Congo.
Voici in extenso sa communication :
La semaine qui s’achève a vu un débat éclater, prendre de l’ampleur à l’interne comme à l’international et, finalement, nous obliger, nous, les plus concernés, regroupés au sein de la Mutuelle IGISENGE-Communauté Hutu de la République Démocratique du Congo, à prendre la parole pour faire connaître, à nouveau et toujours, notre position au sujet de l’appellation de la langue parlée par notre Communauté.

Celle-ci a toujours été claire à ce sujet : le Hutu congolais parle « Kihutu », à l’instar de ses compatriotes qui parlent respectivement la langue de leur ethnie : le Kongo parle le Kikongo, le Léga parle le Kiléga, le Kusu parle le Kikusu, le Luba parle le Tshiluba, le Nande parle le Kinande, etc., jusqu’à ce que les 450 ethnies soient servies.
L’histoire des hommes n’est pas toujours linéaire, et il est arrivé qu’elle soit perturbée durablement par des circonstances extérieures ou des contingences inattendues qui, parfois, leur imposerent des trajectoires, des séparations, des cohabitations et des destins jusque-là imprévisibles.
Tel fut le cas de la Conférence de Berlin de 1885, lorsque des puissances impérialistes européennes décidèrent, sans elle, de découper l’Afrique, de créer des frontières qui séparaient plus qu’elles n’unissaient les Africains.
Le mal était fait et, à l’heure des indépendances africaines, celles-ci proclamèrent l’intangibilité des frontières héritées de la Colonisation.
Ainsi, à titre d’exemple, les Hutus se retrouvèrent éparpillés sur les territoires des Colonies qu’étaient le Rwanda, le Burundi, la Rdc, l’Ouganda, et la Tanzanie, gardant leur langue bantoue qui, en termes de spécificité et de raison géostratégique de chaque Entité, porta diverses appellations : Kinyarwanda au Rwanda, Kihutu en Rdc, (sur un Territoire que le Congo belge appelait déjà le « Territoire des Bahutu », et dont l’étendue dépassait largement l’actuel Territoire de Rutshuru), kirundi au Burundi, kifumbira en Ouganda et Giha en Tanzanie, ex-Tanganyika.
Au sujet de la langue et de l’appellation Hutu en Rdc, nous tenons à rendre hommage au savoir historique, à la culture et à la lucidité de son Excellence Patrick MUYAYA qui, lors de son entretien récent avec la Communauté congolaise du Canada, a exposé ces vérités élémentaires, contribuant ainsi, dans le cadre de ses attributions, à la cohésion et à l’unité nationale.

La mise en cause du Kihutu, voire du Muhutu, en tant qu’élément constitutif de l’histoire nationale, serait contraire à la vérité et donc à la mémoire collective, comme en font foi les deux faits majeurs suivants :
- Depuis le début du vingtième siècle, en passant par la dernière délimitation des frontières de l’Est de 1910, un Chef coutumier Hutu, le Mwami NDEZE Rugabo II, eut la reconnaissance de l’autorité coloniale belge qui vit en lui un homme respectable et lui fit bénéficier de l’aura nécessaire pour faire valoir la coutume et les traditions Hutu, de génération en génération, en passant par l’Exposition universelle de Bruxelles, où il était chef de la Délégation des Chefs coutumiers du Congo belge, jusqu’à l’actuel Mwami régnant, Jean-Baptiste NDEZE KATUREBE, aujourd’hui Vice-ministre aux Affaires coutumières ;
- Par leur présence à la Table ronde de Bruxelles de 1960, les Hutu figurent, avec les autres Congolais, parmi ceux-là qui ont lutté pour un Congo indépendant, puissant, prospère et plus beau qu’avant. Ils méritent la récompense éternelle de la Patrie.
Quant à ceux qui nous somment de dire quelle langue parlent telle ou telle autre Communauté en RDC, nous dirons que nous n’avons aucun mandat ni pouvoir de parler en leur nom. C’est à ces Communautés de le dire.
Sakola.info


