Quand Shungu Wembadio est chassé, tel un pestiféré, du podium, en plein concert de Yoka Lokolé, il se met à pleurer comme une veuve un peu plus loin dans la pénombre des avenues de Matonge, le bras de l’une de ses fans les plus zélées autour de son cou… Celle-ci l’encourage chemin faisant: «Jules, oza grand chanteur… Bango mibale wana, est-ce que bayebi koyemba, siaah! Yo mowuta oleki bango ts… Sala eloko na yo moko, tokozala na sima na yo, Jules!!»

Quelques temps après, Wembadio est écartelé entre la position de cette fan et amie, et celle de sa compagne… Déçue de lendemains qui ne chantent pas, celle-ci ne veut plus entendre parler de musique dans leur couple… «Jules, oza mayele, vraiment okoki kosala mosala mosusu te, papa?» Sage comme une image, le chanteur à la voix aiguë l’écoute, en approuvant l’idée de la tête…
Or, poussé dans le dos par la fringante fan, les amis du quartier, et Soki Vangu dont la petite amie Getou est désormais dans les bras de Mavuela Somo (il mettra des instruments à la disposition de l’ex-chanteur de Yoka Lokolé), Wembadio est déjà à la tête d’un nouveau groupe, Viva la musica, qui répète dans le secret le plus total… ou presque! Car sa compagne en aura finalement vent, en suivant l’émission musicale télévisée du dimanche… La femme est dans tous ses états… Mais, la fan et amie du chanteur revient, elle, d’un État dans un État à Lagos… Profitant de sa présence dans la délégation de l’Orchestre National du Zaïre au Festival des Arts nègres, elle a visité la célèbre République de Kalakuta, fondée par le sulfureux saxophoniste Fela Anikulapo Kuti, pour narguer le régime des généraux…
De retour à Kinshasa, elle ramène deux idées à son petit ami… Celle de créer aussi sa République à Kinshasa, et celle de vulgariser un look de scène emprunté aux habitants de Kalakuta, pour la sortie officielle de son groupe… Craignant la foudre de Mobutu, Shungu préfère plutôt, comme il y en a déjà beaucoup au pays, un village contractant les noms de quatre principales rues de Matonge: Masimanimba-Oshwé-LOkolama-KAnda-Kanda-Inzia, Molokai! Béret «Monyere» vissé sur la tête, moulé dans un costume en velours, droit dans des chaussures vernis, Jules Shungu Wembadio devient… Papa Wemba, le chef du village Molokai, au soir du 26 février 1977 au bar Type K! Il écrira l’une des plus belles pages de la musique africaine…
© Didi Mitovelli



