À peine son témoignage livré à la paroisse Saint-Benoît sur les circonstances de la mort de Rossy Mukendi Tshimanga, Patrick Kiweke aurait de nouveau été pris pour cible. Des proches évoquent des menaces, une surveillance persistante et même une arrestation intervenue quelques jours après la messe. Des faits qui, s’ils étaient confirmés, raviveraient les inquiétudes sur le sort réservé aux témoins et défenseurs des droits humains qui continuent de réclamer la vérité sur la mort de l’activiste.

Un témoin qui refuse de se taire
Le nom de Patrick Kiweke reste associé à l’affaire Rossy Mukendi. Membre des mouvements citoyens, notamment du Collectif et de la LUCHA, il figure parmi ceux qui ont été proches de cette séquence particulièrement douloureuse de l’histoire récente de la mobilisation citoyenne en RD Congo.
Le 25 février 2018, Rossy Mukendi Tshimanga avait été tué à proximité de la paroisse Saint-Benoît, à Lemba, alors qu’une marche organisée dans le cadre des mobilisations du Comité laïc de coordination était réprimée par les forces de l’ordre. La police avait annoncé l’arrestation du brigadier en chef Tokis Kumbo, présenté comme l’auteur du tir ayant atteint Rossy. Cette version a cependant été contestée par plusieurs témoins et défenseurs des droits humains.
Quelques jours après la mort de Rossy, le Collectif des mouvements citoyens avait organisé une messe à Saint-Benoît, le 6 mars 2018, en présence notamment de militants de la LUCHA, de Filimbi, du Collectif 2016 et d’autres organisations citoyennes. Cette cérémonie devait être à la fois un hommage au disparu et un moment de mobilisation autour de son combat.
Le témoignage de Patrick Kiweke qui dérange
C’est dans ce contexte que Patrick Kiweke a livré un témoignage sur ce qu’il avait vu et vécu autour de la mort de Rossy Mukendi. Son récit, selon les éléments rapportés, mettait en lumière des zones d’ombre sur les circonstances exactes du décès de l’activiste.
Depuis, son engagement dans la recherche de la vérité sur cette affaire lui aurait valu plusieurs épisodes de pression. Des proches affirment que Patrick Kiweke a, depuis ce jour-là, commencé à recevoir des menaces anonymes attribuées à des personnes se présentant comme liées aux services de sécurité. D’autres témoins et proches de Rossy ont eux aussi rapporté avoir subi des pressions.
Amnesty International avait notamment documenté le fait qu’Arsène Tshimanga, frère de Rossy et témoin des événements, s’était caché pendant plusieurs semaines après avoir reçu de graves menaces pour avoir contesté publiquement certaines conclusions sur l’identité du véritable tireur.
En somme, l’affaire Rossy Mukendi demeure, à cet égard, emblématique. Des semaines après les faits, la question de la responsabilité exacte dans sa mort continue de nourrir les interrogations. La famille de Rossy et plusieurs organisations de défense des droits humains continuent de contester la version officielle sur les circonstances du drame. Affaire à suivre.
Sakola.info


