Alors que la République démocratique du Congo continue de faire face à des crises sanitaires récurrentes, plusieurs spécialistes plaident pour un renforcement de la recherche scientifique en communication pour la santé. Selon eux, l’efficacité des campagnes de sensibilisation dépend désormais de données probantes produites dans le contexte congolais, plutôt que de modèles importés.
Ebola, choléra, rougeole, mpox, poliomyélite, paludisme ou encore défis liés à la santé maternelle et infantile,la République démocratique du Congo est régulièrement confrontée à des urgences sanitaires. Dans chacune de ces crises, la communication s’est imposée comme un pilier essentiel de la riposte, permettant d’informer les populations, de combattre les rumeurs et de favoriser l’adoption de comportements protecteurs.
Si son rôle est aujourd’hui largement reconnu, une interrogation demeure ,sur quelles bases scientifiques reposent réellement les stratégies de communication mises en œuvre en RDC ?
Le pays dispose pourtant d’une riche expérience en matière de santé publique, de professionnels qualifiés, d’organisations engagées et de nombreuses campagnes de sensibilisation.
Cependant, les études scientifiques évaluant l’impact réel de ces interventions restent encore limitées.
« Nous affirmons souvent qu’une campagne a fonctionné ou qu’un message a changé les comportements. Mais ces conclusions reposent-elles sur des données scientifiques collectées en République démocratique du Congo ou simplement sur des observations de terrain ? », s’interrogent plusieurs observateurs du secteur.

Pour eux, cette réalité ne remet nullement en cause le travail des institutions, des organisations non gouvernementales ou des agents de santé. Elle met plutôt en évidence la nécessité de développer davantage la recherche en communication pour la santé.
Les spécialistes rappellent que les comportements individuels jouent un rôle déterminant dans la gestion des épidémies.l’acceptation de la vaccination, le recours précoce aux soins, le respect des mesures de prévention ou encore la lutte contre la désinformation dépendent largement de la qualité des messages transmis aux communautés.
Dans un pays caractérisé par une grande diversité culturelle, linguistique et géographique, les experts estiment qu’il est indispensable d’évaluer les approches de communication à partir des réalités locales plutôt que de reproduire des modèles conçus dans d’autres contextes.
« La RDC ne peut pas se contenter d’importer des stratégies. Elle doit produire ses propres connaissances scientifiques afin de concevoir des interventions adaptées à ses populations », soutiennent-ils.
Faire de la recherche un levier des politiques publiques
Au-delà du monde universitaire, les chercheurs plaident pour une recherche davantage tournée vers les besoins du terrain.
Les résultats scientifiques, estiment-ils, devraient alimenter les politiques publiques, orienter les campagnes de sensibilisation et améliorer l’efficacité des investissements consacrés à la santé.
Selon eux, une campagne de communication évaluée de manière rigoureuse peut contribuer à accroître la couverture vaccinale, réduire les réticences de la population et favoriser l’adoption de comportements susceptibles de sauver des vies.
La RDC dispose déjà de nombreux atouts dans ce domaine, notamment des chercheurs, universitaires, spécialistes de santé publique, communicateurs et acteurs communautaires.
Le défi consiste désormais à renforcer les collaborations entre ces différents acteurs afin de produire des connaissances directement utiles au système de santé.
Produire les preuves pour mieux décider
Pour plusieurs experts, l’avenir de la communication sanitaire en République démocratique du Congo dépendra autant de la diffusion des messages que de la capacité à comprendre, grâce à la recherche, les raisons pour lesquelles certaines approches réussissent tandis que d’autres échouent.
Ils estiment que le pays, fort de son expérience dans la gestion de nombreuses crises sanitaires, possède aujourd’hui les ressources nécessaires pour devenir une référence en matière de production de connaissances en communication pour la santé.
« Les meilleures décisions reposent sur des preuves solides. Et les preuves les plus pertinentes sont celles que nous produisons nous-mêmes pour répondre à nos propres réalités « , concluent-ils.
Sakolainfo



