Oubliée des cartes modernes, dépourvue des infrastructures les plus élémentaires, la vaste province de la Tshuapa choisit la concorde politique pour libérer ses immenses richesses forestières et attirer les investisseurs.

Il est des territoires où la nature a tout donné, mais où l’histoire a longtemps tout refusé. Au cœur de la République démocratique du Congo s’étend la Tshuapa : un colosse vert de 133 000 kilomètres carrés, peuplé de deux millions d’âmes, mais confiné dans un enclavement asphyxiant. Ici, la paradoxale réalité de la « province vierge » s’étale au grand jour : des réserves forestières mondiales d’une valeur inestimable, un sous-sol prometteur, mais une précarité logistique telle qu’on y cherche en vain une simple station-service pour alimenter les rares véhicules de passage. Une terre promise aux contrastes saisissants, où tout reste à bâtir.
Pendant des années, ce géant endormi est resté paralysé par les querelles byzantines de ses élites. Les rivalités politiques y ont creusé des fractures profondes, transformant le potentiel de développement en champ de bataille partisan. Mais un sursaut salutaire redessine aujourd’hui l’horizon. Sous la bannière de la plateforme « Tshuapa-Bomoko pour la paix et le développement », les anciens frères-ennemis ont choisi de solder leurs différends. Une paix des braves scellée le 18 juillet dernier au Palais du Peuple à Kinshasa, élevant l’unité au rang de premier viatique géopolitique.
« Les grandes nations ont commencé leur renaissance les jours où les filles et les fils ont compris qu’aucune victoire durable ne pouvait être bâtie sous des fractures internes. », déclarait ce jour là Me Guy Loando Mboyo, dignes fils de Bokungu, ministre d’Etat en charge des Relations avec le Parlement.
Parmi les artisans de cette métamorphose, ce dernier s’impose par la constance de son pragmatisme. Convaincu que l’investissement matériel exige d’abord la concorde morale -professant que « avant les routes, il faut construire la confiance ; avant les ponts, il faut bâtir la fraternité »-, il incarne une transition où l’engagement personnel rejoint l’action publique. À Boende, son implication se concrétise par des réalisations structurantes concrètes, de la construction d’un stade moderne aux liaisons fluviales par bateaux qu’il a initiées pour désenclaver les voies d’approvisionnement locales.

Des potentialités vertigineuses à l’épreuve du réel
L’enjeu dépasse largement les querelles politiciennes. Le sous-sol et les écosystèmes de la Tshuapa recèlent des opportunités exceptionnelles. Première productrice de bois de la République démocratique du Congo avec des essences précieuses très prisées sur les marchés internationaux – l’Iroko, le Wengé, l’Acajou ou le Sipo-, la province se positionne également au cœur de la nouvelle économie verte mondiale. Le programme innovant des crédits carbone (MACC) y déploie des dizaines de millions de dollars pour allier la préservation du second poumon de la planète et le développement des communautés locales.
À cela s’ajoute la majesté du Parc national de la Salonga, sanctuaire mondial de biodiversité classé par l’UNESCO, qui ouvre la voie à un écotourisme d’envergure internationale. Pourtant, sans infrastructures routières viables ni réseau énergétique structuré, ces promesses demeurent des diamants bruts. C’est précisément là que l’action conjuguée des leaders de la Tshuapa prend toute sa mesure.
Le rôle pivot du plaidoyer à Kinshasa
L’union sacrée scellée à Kinshasa ne se veut pas un simple pacte de circonstance, mais un instrument de lobbying agressif et constructif auprès du gouvernement central et des bailleurs internationaux. Réunis dans un même élan patriotique, les ténors de la province mesurent l’urgence : peser de tout leur poids politique pour canaliser les investissements du programme de développement local (PDL-145T) et arracher le désenclavement tant attendu.
En alignant leur cohésion interne sur les impératifs de la reconstruction nationale -particulièrement dans un contexte où la RDC fait face aux agressions de ses frontières orientales-, les fils de la Tshuapa envoient un message clair. La renaissance de cette province vierge ne sera pas seulement l’œuvre du hasard géographique, mais le fruit d’une volonté politique retrouvée. Un pari audacieux, où la paix devient enfin le meilleur des investissements.
Sakola.info



