Le paysage des droits d’auteur, longtemps en proie à l’opacité et à l’amateurisme, connaît une mutation structurelle profonde sous l’impulsion de son Directeur Général, Joe Mondonga. Expert assermenté au regard pointu sur les mécanismes de la gestion collective, l’homme s’impose comme l’architecte d’un édifice qu’il a fallu reconstruire sur des fondations délaissées, entre volonté de transparence absolue et nécessité de modernisation.

L’arrivée de Joe Mondonga à la tête de la Société Congolaise des Droits d’Auteur et des Droits Voisins (SOCODA) ne fut pas celle d’un gestionnaire héritier, mais celle d’un bâtisseur confronté au vide. « Je n’ai rien trouvé ici comme société de droits d’auteur », confie-t-il à Focus-actu.cd assis derrière son bureau, évoquant les années de carence administrative qui ont précédé sa prise de fonction opérationnelle en 2022. Pour remédier à cet état de fait, le dirigeant a imposé une feuille de route axée sur la rigueur procédurale. Son objectif est clair : substituer la gestion informelle, propice aux dérives, par une mécanique transparente.
Rigueur et transparence dans la procédure
Le cœur de la réforme portée par le Directeur Général réside dans le processus de répartition. Fini le flou artistique ; place au formalisme rigoureux. « Une société de droits d’auteur ne s’ingère pas dans la sélection des œuvres qui sont utilisées par les utilisateurs. Vous ne pouvez pas être juge et partie », martèle-t-il. Et sur place, plusieurs artistes dramaturges défilent ce 13 juillet sur l’avenue Zongotolo pour récupérer leurs quotes-parts. Rencontré dans les couloirs de la SOCODA, le comédien Nsakala, sourire chaleureux aux lèvres, nous confie : « Les choses ont vraiment changé, maintenant, nous accédons à nos droits sans problème et c’est déjà la quatrième fois. Cela nous réjouit et nous avons désormais confiance en la SOCODA ».
Pour garantir l’équité, Mondonga a instauré l’usage de « formulaires ad hoc », contraignant les utilisateurs à déclarer précisément les œuvres exploitées. « C’est sur base de ces formulaires ad hoc que ça vient maintenant, ça doit être traité maintenant au niveau du service de la documentation et de la répartition des droits », explique-t-il, soulignant que cette méthode technique écarte toute velléité d’arbitraire. Plus intéressant : même les artistes non affiliés, étrangers ou nationaux, sont payés.
Cette quête de transparence s’étend également aux artistes plasticiens, une trentaines désormais intégrés au dispositif. « Nous procédons de la même manière, mais la différence est dans les opérandes », précise-t-il, démontrant que la rigueur de sa méthode s’adapte à la spécificité des œuvres, qu’elles soient musicales ou visuelles.
La modernité doit s’imposer malgré la situation actuelle des choses
Toutefois, cette marche vers la professionnalisation se heurte à des vents contraires. Joe Mondonga pointe du doigt le déphasage criant entre la législation actuelle, héritée de 1986, et les impératifs du XXIe siècle. « Notre loi est quelque peu déphasée. Il ne s’adapte plus à l’environnement juridique international aujourd’hui parce qu’il y a la nouvelle technologie », constate-t-il avec lucidité. Entre l’explosion du streaming, les web radios et la nécessité de protéger le droit de reproduction graphique, le cadre légal apparaît comme un frein aux ambitions de la structure.
Plus encore, la SOCODA doit composer avec une culture de la redevance encore balbutiante. « Les gens disent que non, ils ont acheté leur disque, ils n’ont pas le droit de payer », déplore le DG, qui dénonce également le paradoxe de certains artistes, prompts à réclamer des droits, mais oublieux de solliciter les autorisations nécessaires lors de l’organisation de leurs propres concerts.
L’état congolais doit passé à l’action
Si le Directeur Général a su assainir les comptes et engager le processus d’intégration au sein de la CISAC, les défis logistiques demeurent titanesques. Pour répondre aux exigences de la digitalisation et capter pleinement les revenus générés par les plateformes de streaming, la société ne pourra agir seule. Le succès de cette transition dépend désormais d’un soutien politique fort. L’État congolais, loin de n’être qu’un spectateur, se doit d’accompagner cette dynamique de réforme par une mise à jour législative ambitieuse et un appui logistique soutenu. C’est à ce prix, et seulement à ce prix, que la SOCODA pourra pleinement jouer son rôle de trait d’union entre le génie créatif congolais et les standards de la modernité internationale.
Sakola.info/H.R MABIALA


