En République démocratique du Congo, les clivages identitaires prennent une place de plus en plus marquée dans le débat politique national, exacerbés par des accusations récurrentes portant sur la nationalité de certaines figures politiques, dont l’ancien président Joseph Kabila.
Des voix s’élèvent pour dénoncer une remise en cause jugée insultante envers l’ensemble du peuple congolais. « Remettre en question la congolité de Joseph Kabila, c’est insinuer que les 100 millions de Congolais n’auraient pas été capables de produire un leader légitime pour diriger leur propre pays », soutiennent certains observateurs, estimant que ces propos alimentent une forme d’auto-dévalorisation collective.
La question identitaire ne date pas d’hier en RDC. Déjà dans les années 1990 et 2000, des tensions liées à la nationalité ont marqué la vie politique du pays, notamment à l’Est, une région où la population d’ascendance rwandophone est régulièrement prise pour cible dans le débat public. À cela s’ajoutent des antagonismes historiques entre anciens chefs de guerre, comme Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, aujourd’hui tous deux réintégrés dans le jeu politique mais dont les passés respectifs continuent de diviser.
Le chef du MLC, Jean-Pierre Bemba, fait régulièrement l’objet de critiques concernant son implication dans le conflit armé des années 2000. Celui-ci avait combattu aux côtés de l’armée ougandaise, pays depuis condamné par la Cour internationale de justice à verser des réparations à la RDC pour ses activités illicites sur le territoire congolais. Ces rappels visent à questionner la légitimité morale et politique de certains acteurs se présentant aujourd’hui comme défenseurs exclusifs de la nation.

Dans l’Est du pays, la persistance de discours excluant certains groupes — en particulier les Congolais tutsis — de l’appartenance nationale, alimente un sentiment de marginalisation et de rejet. Certains dénoncent un « repli identitaire » dangereux, nourri par des figures politiques et certains médias, qui assimilent toute contestation venue de l’Est à une trahison ou à une affiliation supposée avec le Rwanda.
« Il suffit aujourd’hui d’être de l’Est ou de porter un nom à consonance rwandaise pour être suspecté de trahison », déplore un analyste basé à Goma. Ce climat tendu nourrit des frustrations profondes et compromet les efforts de réconciliation nationale.
Dans ce contexte, le rôle du chef de l’État est largement scruté. Félix Tshisekedi, accusé d’inefficacité dans la gestion de la crise sécuritaire, est aussi critiqué pour le manque de vision de son entourage politique. Plusieurs observateurs estiment que son entourage immédiat serait composé de « courtisans » peu soucieux de l’intérêt général, alors que les tensions internes s’exacerbent.
Enfin, face à la montée des divisions, des voix appellent au sursaut national : « Protéger le Congo, c’est protéger tous ses enfants, quelles que soient leurs origines régionales ou ethniques. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons éviter la fragmentation du pays et construire une paix durable. »
Mérite BAHOGWERHE JEAN-PAUL



