Il y a des « experts » pour tout et n’importe quoi, qui donnent des réponses sans se rendre compte à quel point ils ont l’air ridicule en se prenant pour des « Nyosolongue », cette expression du jargon kinois pour qualifier ceux qui se targuent de tout connaître dans tous les domaines.

Je tiens à souligner le comportement de ceux qui critiquent à tort le geste de la main sur la bouche et les doigts en forme de revolver sur la tempe effectué par les membres du gouvernement de la République démocratique du Congo au cours d’une réunion de conseil des ministres, tout comme l’avaient fait nos vaillants Léopards lors de la demi-finale de la Coupe d’Afrique des Nations contre les Eléphants de la Côte d’Ivoire. Le geste doit être salué pour son message puissant de sensibilisation à l’échelle mondiale, et il doit inciter tout Congolais, qu’il soit une autorité ou un citoyen lambda, à dénoncer le génocide oublié dans l’est de la République démocratique du Congo, où qu’il se trouve.
C’est tout simplement risible, extrêmement risible, de voir ces apprentis analystes politiques s’exprimer sans aucune connaissance des sciences politiques, qui incluent la compréhension des systèmes politiques comparés, un cours de base en science politique permettant à tout futur analyste de surfer sur les réalités, voire les détails, qui sous-tendent les comportements des différents systèmes politiques puisant dans leurs contextes historiques et évolutifs.
Deux exemples, pas plus. Je vous ramène en France, et plus précisément à Paris. Lors de l’attaque de « Charlie Hebdo », les gens oublient qu’en réaction, c’était la première fois qu’un Président de la République manifestait dans la rue depuis mai 1990, date à laquelle François Mitterrand avait pris part à la marche silencieuse contre le racisme et l’antisémitisme, organisée suite à la profanation des tombes juives à Carpentras. Ainsi, le dimanche 11 janvier 2015, autour du Président François Hollande, près de 50 dirigeants et hauts responsables étrangers ont manifesté à Paris contre le terrorisme.
Questions à ceux qui pensent tout savoir : En faisant une telle marche dans la rue, le Président français cessait-il d’être Président ? Avait-il perdu son pouvoir, voire ses prérogatives constitutionnelles pour agir face à cette menace dans son pays ? Tous ces dirigeants du monde qui l’ont accompagné dans cette démarche, ont-ils joué la comédie ou ont-ils compris le sens du message d’unité qu’il fallait transmettre face à l’émergence du terrorisme ?
Nos prétendus « analystes » ou « juges auto-proclamés » des actions des acteurs politiques congolais, confondent le message à transmettre, ce qui est le cas pour la République démocratique du Congo, avec le pouvoir d’agir.
Au-delà de l’exemple français, prenons l’Ukraine. Les dirigeants ukrainiens, qui bénéficient déjà du soutien des Américains et de la communauté internationale, continuent de montrer sans hésitation le geste de solidarité d’un peuple uni contre ce qu’ils considèrent comme une « agression », en plaçant une main sur la poitrine, au cœur, symbole de l’amour inconditionnel pour leur patrie, et en regardant vers le haut pour signifier leur détermination à ne jamais abandonner pour défendre leur pays.
De tels messages et images ont une portée et une signification réelle. Malheureusement, en République Démocratique du Congo, les « nyosolongues » ont toujours une critique à exprimer, grâce à leur influence sur les réseaux sociaux. Et qui sait s’ils ont peut-être le rôle de faire le jeu de l’ennemi !
Il est nécessaire d’acquérir certaines notions politiques, qui relèvent exclusivement des sciences politiques, avant de réagir à des événements, faits et gestes politiques qui ne peuvent être facilement appréhendés que par des spécialistes en sciences politiques.
Pitshou Mulumba
Journaliste, Chercheur en Sciences politiques.



